Conseil de développement d’Angers : la crise

(Télécharger le texte soumis ici)

Le Pays Loire Angers et l’occurrence de crise économique
Travaux du Conseil de développement de l’agglomération et du pays d’Angers
Contribution d’Attac 49 : « PENSER GLOBAL, AGIR LOCAL »

1 Les enjeux1.1 Une crise globale

Notre territoire s’est retrouvé confronté à une crise économique et sociale, conséquence d’une crise immobilière et financière née aux Etats-Unis. Si cette crise est d’une ampleur exceptionnelle, elle n’est que la dernière d’une longue série de crises : crises de type financière, économique, sociale, écologique, qui se concrétisent de manière plus spécifique en crises alimentaire, énergétique, climatique, etc, et ce à l’échelle nationale, régionale ou mondiale.
L’interconnexion de l’ensemble de ces crises nous met face à une véritable crise globale qui « est une crise structurelle de la mondialisation capitaliste dans sa phase néolibérale » (i).

Cette crise est finalement une crise culturelle ou de civilisation. Ainsi, si des réponses d’urgence doivent être apportées, celles-ci ou des aménagements ne sont pas à la hauteur des enjeux, qui nécessitent de repenser radicalement l’organisation de nos sociétés.

1.2 Des enjeux à deux échelles d’espace et de temps.

« le devoir de résistance est prolongé par celui de l’invention : ni localisme, ni globalisme ; ni repli, ni soumission. Contre un libéralisme qui prétend faire fi des territoires pour mieux les épuiser, il s’agit au contraire de parier sur eux, comme sur leur mise en réseau, c’est-à-dire, en somme, sur la force du local en action lorsqu’il pense global. » (ii)

« Résister, c’est créer. Créer, c’est résister » (iii)

« …il faut faire face à la logique implacable de la mondialisation libérale, se poser la question de savoir si on se contente d’accompagner socialement un mouvement inéluctable, ou si nous sommes capables de refuser la fatalité par l’élaboration d’une vision stratégique servant de guide à une action continue et cohérente. » (iv).

Cette crise a des conséquences directes auxquelles il faut apporter des réponses d ‘urgence immédiate, d’autant que ces conséquences les plus négatives atteignent en grande majorité les populations déjà les plus fragilisées. C’est l’acte de résistance initiale qu’il faut poser, en refusant que la crise n’accentue les inégalités existantes et soit le prétexte à abandonner les timides avancées consenties par les acteurs socio-professionnels et les gouvernements successifs en matière de développement durable.

Dans ce champ d’action, des outils institutionnels sont disponibles à la fois au niveau international (traités sur les droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels, traités et engagement en matière de préservation et d’accès à tous aux ressources naturelles et aux biens communs,…) et national ou local (constitution, lois, réglementations,… ). Face à la crise, ces instruments politiques doivent être particulièrement mobilisés.

Mais ce premier champ d’action ne saurait suffire; il ne peut constituer qu’un palliatif temporaire. Parallèlement, il faut poser les fondements et commencer à construire des alternatives au fonctionnement sociale, politique et économique’ du monde, et plus particulièrement des sociétés occidentales qui l’ont largement conduit à cette crise globale actuelle.

Dans cet objectif, c’est tout les fondements et le fonctionnement de la société qui doivent être repensés et réinventés avec une double dimension: quelle organisation sociale, quelle vision partagée du « bien commun », pour permettre le meilleur équilibre, ou la plus grande harmonie entre construction individuelle et construction collective au sein des sociétés humaines; et entre construction sociale au sens large et fonctionnement pérenne des écosystèmes
naturels ou ‘non humain’.

Derrière ces enjeux, se posent les questions du mode et des formes de participation de chaque citoyen à la démocratie mais également des responsabilités et des rôles respectifs des détenteurs
des différentes formes actuelles de pouvoir (pouvoir économique et financier d’une part et pouvoir politique d’autre part)

Du global au local et inversement

« La question qui se pose aux élus, comme à tous les citoyens, c’est de savoir si les initiatives locales peuvent enrayer, infléchir, compenser les effets du libéralisme mondial. »

Les interactions global-local doivent jouer dans les deux sens :
si les collectivités agissent bien sûr en tenant compte d’un environnement donné, elles se doivent aussi d’agir au-delà de leur territoire pour s’attaquer aux causes extérieures de la crise, et ne pas se contenter de traiter les conséquences.
si les collectivités se retrouvent souvent en première ligne, pour assumer les conséquences directes des crises globales sur les populations, elles ne doivent pas pour autant les subir. Elles peuvent et doivent au contraire constituer un terrain privilégié à partir duquel les citoyens et leurs élus peuvent résister aux effets néfastes de la globalisation et de la marchandisation du monde; et
développer des solidarités actives bien au delà de leurs territoires.
A chaque échelon local, des choix politiques à travers des engagements locaux comme les Agenda 21 ou autres chartes, permettent de réaffirmer et de de donner sens et réalité aux décisions et engagements pris aux échelles nationales ou internationales.

La Charte-Agenda Mondiale des Droits de l’Homme dans la Citév, par exemple coordonnée par Nantes et la Région des Pays de la Loire, a pour objectif d’encourager la mise en oeuvre de politiques locales visant à sauvegarder les droits de l’Homme.

Ainsi également , la clause générale de compétence, malgré les attaques dont elle fait l’objet, reste un élément fondamental permettant aux élus locaux et les citoyens de trouver des réponses locales à la crise dans toutes ses dimensions, adaptées aux spécificités d’un territoire et élaborées démocratiquement.
La résistance s’incarne aussi dans des décisions très ciblées comme par exemple celle prise par 816 collectivités locales qui se sont déclarées zone hors AGCS (Accord général sur le commerce des services), dont la région Pays de la Loire, et les communes d’Ecouflant, de Montreuil-Bellay et de Mûrs Erigné pour notre territoire (vi).

Pour dépasser les enjeux territoriaux et faire en sorte que les décisions prises à ce niveau constituent de réels leviers d’action pour infléchir les politiques internationales et peser sur les décisions prises à l’échelon mondial, il est nécessaire qu’elles ne restent pas isolées. Ce lien et cette mise en réseau entre collectivités territoriales, permettent de mener des projets extra-territoriaux et constituent une dimension très importante de la réponse aux dérives de la
globalisation.

Elle commence à prendre forme comme le démontre le développement récent d’une « diplomatie des villes »

L’association CGLU (Cités et Gouvernements Locaux Unis) se fixe notamment comme objectif d’« accroître la place et l’influence des gouvernements locaux et de leurs associations dans la gouvernance mondiale » (vii). Parmi ses actions, on note par exemple un groupe de négociation sur le climat présidé par la Ville de Nantes.

2 Des politiques pour se réapproprier l’avenir

Les politiques au sens large déclinées ici ne constituent pas un programme. Il s’agit avant tout d’une analyse des grandes orientations politiques qui seraient de nature à répondre aux enjeux cités précédemment Les quelques propositions d’actions concrètes mentionnées essentiellement à titre d’exemples, ne sont pas exhaustives, et visent principalement à alimenter le débat public.

C’est, dans un second temps à l’issue de ce débat, que des priorités d’action pourront être décidées par l’ensemble des citoyens.

La présentation de ces grandes orientations politiques est structurée autour des deux grands niveaux d’enjeux préalablement proposés: celui de la résistance globale aux méfaits de la crise et celui de la construction d’alternatives, étant bien entendu qu’il n’existe pas une barrière étanche entre ces deux niveaux, l’une et l’autre s’irriguant réciproquement.

Préalablement néanmoins, un enjeu transversal nous semble indissolublement lié aux deux précédents: celui de la participation citoyenne à la construction du collectif ou de la Res Publica ou de la définition du bien commun.
2.1 Renouveler et faire vivre le débat public et la participation citoyenne aux
décisions

Se réapproprier des éléments de connaissance et de compréhension, historiques, philosophiques, scientifiques…
Pour être en mesure d’agir sur le contexte économique, social ou politique, il faut le comprendre et en comprendre la genèse, qui ne résulte pas d’une loi « naturelle », mais de choix antérieurs, souvent d’ailleurs très récents à l’échelle de l’histoire de l’Humanité. Rien n’est inéluctable, et il faut affirmer que la construction d’alternatives ne relève pas de l’utopie, mais d’une pratique citoyenne parfaitement légitime..

Il semble donc essentiel que les citoyens puissent s’approprier l’histoire économique, sociale et politique, notamment sur des questions directement liées au développement de la crise et peu abordées dans les programmes scolaires (à titre d’exemples, celles concernant la genèse du « modèle social français », formalisé dans ses grandes lignes dans le programme du Conseil
National de la Résistance, le développement du néolibéralisme économique, à travers notamment la construction européenne,…). Les dimensions philosophiques et anthropologiques des différentes visions possibles du Contrat Social seraient également à revisiter. Enfin certaines approches scientifiques sont nécessaires pour analyser entre autre certaines conséquences de la crise.

En ce sens, nous proposons de
• A minima, développer des cours ou conférences décentralisées dans tout le territoire de l’agglomération et/ou du pays en s’appuyant, entre autre, sur l’expérience de l’ l’Institut municipal d’Angers.
•Soutenir la création d’une « Université populaire ».
Il s’agirait de créer un espace de débat citoyen permanent, où, en en s’appuyant sur l’expérience des acteurs du territoire, sur la réflexion collective et sur des pratiques de débats constructifs, chaque citoyen soit en mesure de s’approprier les grands enjeux sociétaux.

En ce sens ATTAC, travaillent au sein de ses groupes locaux à produire des contributions issues du travail collectif de ses membres (c’est entre autre l’exemple de la « commission Tobin » au sein d’Attac 49)

Renouveller la démocratie pour tendre vers une véritable démocratie participative.

Des instances de participation existent sur le territoire. Il faut néanmoins reconnaître qu’elles ne sont pas massivement investies par les citoyens.

Il serait important d’analyser les causes de cette désaffection, et de faire évoluer certains aspects du fonctionnement de la démocratie locale

En ce sens, nous proposons les actions suivantes issues en grande partie du « Manifeste altermondialiste » (viii) :

Appliquer au niveau des collectivités locales les mesures citées plus haut, relatives au droit d’initiative, au référendum d’initiative populaire, au cumul, au renouvellement et au compte-rendu des mandats et au référendum révocatoire.

Mettre en place des budgets participatifs dont les décisions ne pourraient être refusées par les élus qu’à une majorité qualifiée des deux tiers.

Donner un réel pouvoir d’intervention et des moyens aux comités de quartiers.

…….
(i) Gustave Massiah, Le mouvement altermondialiste face à la crise globale, Mouvements.info, 29 janvier
2010 – http://www.mouvements.info/Le-mouvement-altermondialiste-face.html
(ii) Martin Vanier, maire-adjoint de Rives (Isère). In Agir local, penser global – les citoyens face à la mondialisation, Attac, Mille et une nuits, 2001
(iii) Titre de l’appel à la commémoration du 60e anniversaire du Programme du Conseil National de la Résistance, 2004 – http://www.alternatives-images.net/
(iv) Claude Saunier, sénateur (PS) des Côtes d’Armor, maire de Saint-Brieuc, président de la communauté d’agglomération de Saint-Brieuc – Intervention en lgne : http://www.france.attac.org/spip.php?article656.
In Agir local, penser global – les citoyens face à la mondialisation, Attac, Mille et une nuits, 2001.
(v) Sur le site du Secrétariat international permanent Droits de l’Homme et gouvernements locaux (SPIDH), basé à Nantes : http://www.spidh.org/fr/la-charte-agenda/index.html
(vi) AGCS : Plus de 800 collectivités locales contre l’AGCS … Communiqué Commission OMC/AGCS Attac
France, 30 mai 2006 – http://www.france.attac.org/spip.php?article1922
vii CGLU – http://www.cities-localgovernments.org
(viii) Manifeste altermondialiste – bâtir un monde solidaire, écologique et démocratique, Attac, 2006 – http://www.manifeste.attac.org/

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